La crise anglophone au Cameroun expliquée simplement
Les faits, sans prendre parti : grèves de 2016, escalade, Grand dialogue national de 2019, statut spécial, DDR, situation humanitaire.
4 min de lecture · dernière vérification le 25/10/2026
Notre principe pour cet article
Cette page explique des faits publiés par les Nations unies, des centres de recherche et des médias. Elle ne soutient aucun camp. Nous ne publions aucun appel à la violence, aucun appel à rejoindre un groupe, et aucun commentaire contre une communauté. Si vous vivez la crise de près, la dernière partie donne des ressources d'aide.
Les racines : deux héritages
Après 1916, le territoire a été partagé entre la France et le Royaume-Uni. Les régions actuelles du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont hérité de l'anglais et de la common law britannique. Le reste du pays a hérité du français et du droit civil.
Depuis la réunification de 1961 et l'État unitaire de 1972, une partie des habitants anglophones dit que ses institutions, sa langue et son système juridique et scolaire ne sont pas assez respectés. On parle du « problème anglophone ».
2016 : avocats et enseignants en grève
En octobre 2016, des avocats des deux régions font grève. Ils contestent la nomination de magistrats formés au droit civil dans des tribunaux de common law, et l'absence de textes de loi en anglais.
En novembre 2016, des enseignants rejoignent le mouvement. Ils contestent l'affectation d'enseignants qui ne maîtrisent pas l'anglais dans les écoles anglophones.
Les manifestations s'étendent. Des journées « villes mortes » paralysent l'activité. Selon plusieurs rapports, la réponse comprend des arrestations de leaders de la société civile et une coupure d'internet dans les deux régions au début de 2017.
2017 : l'escalade armée
En 2017, la crise devient un conflit armé entre les forces de sécurité et des groupes séparatistes. Le 1er octobre 2017, des groupes séparatistes proclament un État qu'ils nomment « Ambazonie ». Ce nom est utilisé par ces groupes ; il n'est reconnu ni par le Cameroun ni par la communauté internationale.
Des organisations de défense des droits humains ont documenté des violences graves contre des civils commises par différentes parties : attaques de villages, enlèvements, attaques contre des écoles. Nous ne reprenons pas de bilans chiffrés ici : les chiffres varient selon les sources et changent avec le temps.
Les réponses de l'État
- 30 novembre 2018 : un décret crée le Comité national de désarmement, démobilisation et réintégration (CNDDR), avec des centres régionaux à Bamenda, Buéa et Mora (Extrême-Nord). Il accueille d'anciens combattants qui déposent les armes.
- 30 septembre au 4 octobre 2019 : le Grand dialogue national se tient à Yaoundé. Parmi ses recommandations : un statut spécial pour les deux régions.
- 24 décembre 2019 : la loi n° 2019/024 portant Code général des collectivités territoriales décentralisées crée ce statut spécial pour le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
Ce qui reste débattu
Les observateurs ne sont pas d'accord sur l'effet de ces mesures. Pour le gouvernement, elles répondent aux demandes. Pour une partie de l'opposition et de la société civile, elles ne vont pas assez loin. Des groupes armés rejettent tout dialogue sans négociation sur le statut politique. Les centres de recherche comme International Crisis Group appellent à un dialogue inclusif.
La situation humanitaire
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) suit la situation. Les rapports parlent de déplacés internes, de réfugiés au Nigeria, d'écoles fermées et d'un accès difficile aux soins. Pour les chiffres à jour, consultez directement OCHA Cameroun : ils changent chaque mois.
Si vous êtes touché
- Pour l'aide humanitaire : les agences des Nations unies (OCHA, HCR, UNICEF) et la Croix-Rouge camerounaise.
- Pour les personnes déplacées : les services sociaux de votre commune d'accueil.
- Pour un ancien combattant qui veut déposer les armes : les centres du CNDDR à Bamenda et Buéa.
- Méfiez-vous des collectes d'argent en ligne au nom d'un camp : vous ne savez pas où va l'argent.
Comment s'informer sans tomber dans la désinformation
Sur ce sujet, beaucoup de vidéos et de messages circulent sans source. Certains sont faux, anciens ou filmés ailleurs. Avant de partager une image, cherchez qui l'a publiée en premier et à quelle date.
Préférez les rapports qui citent leurs méthodes : agences des Nations unies, centres de recherche, médias qui donnent la parole à plusieurs parties. Comparez au moins deux sources différentes.
Ne partagez pas un message qui désigne une communauté comme ennemie. Ces messages alimentent la violence et peuvent être punis par la loi. Parler de la crise avec calme, en séparant les faits des opinions, aide tout le monde.
Questions fréquentes
Quand la crise anglophone a-t-elle commencé ?
Elle a commencé en octobre 2016 par une grève des avocats, puis des enseignants, dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
Qu'est-ce que le Grand dialogue national ?
Une rencontre tenue à Yaoundé du 30 septembre au 4 octobre 2019. Elle a notamment recommandé un statut spécial pour les deux régions.
Qu'est-ce que le statut spécial ?
Un régime d'organisation propre au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, créé par la loi n° 2019/024 du 24 décembre 2019.
Que signifie « Ambazonie » ?
C'est le nom utilisé par des groupes séparatistes pour l'État qu'ils ont proclamé en 2017. Il n'est pas reconnu internationalement.
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